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Le programme Ukulele

Le programme Ukulele

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Par Martha Beach

Melanie Doane, musicienne canadienne, s’affaire à donner un cours dans le cadre du programme Ukulele in the Classroom (le ukulélé en classe). Les élèves de troisième année sont assis sur le bord de leur chaise en plastique et jouent du ukulélé, les yeux rivés aux partitions de musique devant eux. Pour nombre d’entre eux, c’est la première fois qu’ils ont la chance d’avoir un vrai instrument entre les mains. Melanie, née à Halifax, mais habitant actuellement à Toronto, sait jouer de nombreux instruments, mais aujourd’hui, elle se consacre au ukulélé, un instrument qui ressemble à une petite guitare avec quatre cordes. Elle dirige les élèves pendant leur prestation de Twinkle, Twinkle Little Star. Une mélodie se fait entendre et les élèves observent Melanie racler les cordes. À la fin du cours, la moitié des élèves pinçait leur instrument alors que l’autre le raclait. Mais la classe de troisième année joue de la musique.

La pratique du ukulélé est une bonne manière d’apprendre en groupe. Dès la troisième année, les élèves peuvent apprendre les rudiments de la musique. La taille, le prix et la subtilité du ukulélé en font un candidat idéal pour les enfants. Le ukulélé est en effet facile à transporter et idéal pour les petites mains. Un ukulélé de base coûte environ 40 $ et, contrairement à la flûte à bec, il a différents niveaux de complexité. « C’est un tremplin vers le monde de la musique », de mentionner Melanie.

Le programme Ukulele in the Classroom provient d’un autre programme créé par le père de Melanie, Chalmers Doane. Il y a quelques années, un musicien canadien, James Hill, l’a relancé. Depuis ce temps, Melanie et lui ont formé des éducateurs de partout au Canada pour qu’ils puissent donner le cours. « Le but, ce n’est pas d’avoir une armée de joueurs de ukulélé, explique Melanie. C’est seulement une manière facile, intéressante et abordable d’apprendre la musique. » Le ukulélé est relativement récent (il existe depuis moins de 150 ans alors que le violon existe depuis deux millénaires) et même s’il a perdu du terrain pendant quelques dizaines d’années, il revient en force dans la musique contemporaine et dans les classes.

Chalmers, le père de Melanie, musicien de la côte est, enseigne et joue aujourd’hui près de sa terre natale à Brookfield en Nouvelle-Écosse. Il sait jouer une dizaine d’instruments, dont le trombone, le banjo, le saxophone, le xylophone et, bien entendu, le ukulélé. Pendant les années 1960 et 1970, il a donné des spectacles partout au Canada. Il s’est aperçu que le ukulélé convenait parfaitement aux jeunes enfants et a créé sa propre méthode d’enseignement. Dix ans plus tard, il avait formé 150 personnes à enseigner le programme, mais ce n’est pas beaucoup étant donné la superficie des dix provinces et des trois territoires. Mais c’était le maximum que Chalmers était en mesure de former. Le programme est ensuite tombé en désuétude jusqu’à ce que Hill lui redonne un nouveau départ.

Hill a relancé le programme Ukulele in the Classroom il y a trois ans. Mais pour Hill, ce n’est pas une relance. « À mon avis, ce n’est jamais vraiment disparu », dit-il. Originaire de Langley en Colombie-Britannique, Hill habite maintenant près de Chalmers en Nouvelle-Écosse. Les deux hommes ont écrit une série de livres sur leur méthode. « C’est plus une progression naturelle qu’un projet de sauvetage. Je voyais la possibilité de tisser un lien avec les gens qui ont entamé le projet. » Il ajoute rapidement que le programme d’aujourd’hui se base sur la méthode de Chalmers des années 1960. « J’aime vraiment les deux générations qui m’ont précédé », ajoute Hill, dans la trentaine.

Hill fait remarquer que le ukulélé fait petit à petit son entrée dans la culture populaire d’aujourd’hui. On en entend dans des chansons telles que Hey Soul Sister de Train, You and I d’Ingrid Michaelson et I’m Yours de Jason Mraz. « Nous n’avons soudainement plus à convaincre les élèves de jouer. Plus besoin de vendre le ukulélé, dit-il. C’est comme s’ils voulaient manger du brocoli sans rechigner. » Jouer du ukulélé, c’est maintenance tendance!

Melanie a commencé à suivre des cours de musique à trois ans. Elle voulait que ses propres enfants apprennent à jouer d’un instrument. Il y a trois ans, elle a commencé à enseigner dans le cadre du programme Ukulele in the Classroom à son école primaire. « Dès que j’ai commencé là-bas, je me suis rendu compte qu’il fallait autant de travail pour rédiger le plan de cours et s’occuper de tout le reste pour une seule école que pour dix », explique-t-elle. C’est là qu’elle a commencé à vraiment prendre goût au programme. Aujourd’hui, Melanie et les autres membres de l’équipe donnent des cours à l’heure du dîner ou après l’école à des élèves de partout dans la ville, dans les écoles du Toronto District School Board et du Toronto Catholic District School Board ainsi que dans des écoles privées.

« Mon travail est de rendre les cours agréables et utiles », dit Melanie. Elle commence par des chansons faciles pour que tout le monde puisse jouer. « Si on ne joue pas, il n’y a pas d’intérêt », résume Chalmers. Et Melanie abonde dans le même sens. « Si on peut faire de la musique, alors, là, ça devient intéressant à enseigner », ajoute-t-elle. L’enseignement de la musique englobe une panoplie de notions : les temps, les notes, les fractions et plus encore. Les trois fondements de la musique (la mélodie, l’harmonie et le rythme) peuvent être divisés en étapes avec le ukulélé. Les enfants qui apprennent à une vitesse différente peuvent donc tous jouer la même chanson, car cette dernière peut être déconstruite en couches. Certains enfants jouent très simplement, une corde à la fois, tandis que d’autres sont plus avancés et jouent des notes complexes. « Il y a divers niveaux d’apprentissage pour chaque groupe d’élèves, et l’enseignant peut jouer sur divers degrés de difficulté, dit Melanie. C’est un instrument très complexe même s’il est petit et abordable.

Le programme Ukulele in the Classroom vise l’apprentissage de la musique par étapes. « Avec cette méthode, on peut former des musiciens », affirme Melanie. La formation n’est par contre pas une mince tâche. Elle commence par un volet de deux jours en personne et se poursuit par correspondance pendant neuf mois. « Il faut quelques moins aux enseignants pour se faire la main », explique Hill.

Le programme est conçu de manière à éviter le plateau du débutant. La courbe d’apprentissage est douce au début pour le ukulélé. « C’est comme un ascenseur, on ne se sent pas monter, compare Hill. Mais la belle courbe du début arrive vite à un plateau. Il faut alors de bonnes ressources et capacités d’enseignement pour passer à l’étage supérieur. Et il y en a cent de ces étages! » Il faut s’investir pour briser le plateau.

Ce n’est pas pour tour le monde, cependant. « Ceux qui ne sont pas enseignants en musique auront beaucoup de difficulté, précise Melanie. Il faut la formation nécessaire pour y parvenir. » La réussite de l’enseignant et de l’élève est une question d’enthousiasme. « On peut voir assez facilement quels enseignants adorent leur matière », affirme Sarah Lapp, violoncelliste et enseignante à Toronto depuis 20 ans. Lapp est consciente de l’importance de la musique et s’en sert tous les jours comme outil d’enseignement.

Certains élèves n’ont accès à aucun instrument et ne peuvent pas assister à des concerts. C’est donc important d’apporter la musique à l’école. « Quelqu’un doit les inciter à intégrer le monde de la musique. Que ce soit un parent ou un enseignant, il faut donner l’impulsion nécessaire aux élèves », mentionne Lapp. Melanie convient que la musique est un élément crucial pour de nombreux enfants. « Les enfants qui ont vraiment besoin de musique dans leur vie s’y intéressent d’emblée », explique-t-elle.

Le programme Ukulele in the Classroom commence à peine à prendre de l’expansion. « Mon objectif est de ramener tous les élèves à peu près au même niveau pour faire des séances d’improvisation musicale collective », de dire Melanie. Elle espère aussi diriger une troupe de ukulélé pour les élèves de septième année qui veulent continuer une fois leur primaire terminé. Et c’est d’ailleurs important de ne pas arrêter. « Pour évaluer si l’enseignement du ukulélé ou de tout autre instrument a porté ses fruits, il faut voir si les élèves continuent de jouer, indique Chalmers. Nous avons enseigné à des milliers d’enfants et avons entendu diverses histoires de personnes qui ont continué en jouant d’autres instruments ou en chantant dans un chœur. » Quiconque est sérieux dans la création musicale sera capable s’investir pour en vivre ou pour simplement s’amuser.

Le ukulélé est amusant, abordable et parfait pour les enfants. C’est aussi un instrument magnifiquement complexe. « On regarde un ukulélé et on se dit que ça pourrait être amusant. Mais on ne voit pas la profondeur de l’instrument et toutes les applications qu’on peut en faire, mentionne Hill. C’est une vraie partie de plaisir. Le plaisir de tisser des liens avec d’autres personnes par la musique. »

Martha Beach vient d’obtenir un diplôme en journalisme de l’Université Ryerson. Elle est actuellement rédactrice et vérificatrice de faits à la pige à Toronto.